Analyse de portefeuille

La responsabilité sociétale des entreprises, une nécessité

17 décembre 2018 | Analyse de portefeuille

De nos jours, le développement durable et l’investissement responsable sont plus que de simples effets d’annonce utilisés par les entreprises pour se mettre en valeur. Ces concepts sont un vrai gage de réussite et l’enseigne capable de convaincre les autorités, les régulateurs et les investisseurs de son engagement sociétal bénéficie d’un avantage stratégique. Le consommateur est plus enclin à y effectuer ses achats et les travailleurs veulent davantage y trouver un emploi. À l’inverse, les entreprises insensibles au concept de croissance durable risquent d’en faire rapidement les frais : recul des ventes, désintérêt des investisseurs, image de marque ternie ou encore amendes. L’enjeu est donc de taille.

Les institutions financières peuvent (et doivent) jouer un rôle de catalyseur dans ce domaine. Grâce à leur expertise (en matière d’octroi de crédits, d’investissements directs en capital et d’accès aux marchés des capitaux), elles peuvent guider efficacement les entreprises sur le chemin de l’investissement responsable. Le défi majeur en la matière consiste à combiner la croissance de l’entreprise et celle de la société dans son ensemble ; la transformation doit donc s’effectuer tant au niveau local que national mais également à l’échelle sectorielle et entrepreneuriale. Analysons cela au travers des trois exemples suivants.

Asie : atteindre 3.000 milliards de dollars

Les Nations-Unies se sont donné pour mission de promouvoir le développement durable au niveau international. Dans un souci d’harmonisation, l’ONU a fixé 17 « Objectifs de développement durable » (ODD). D’ici 2030, ceux-ci doivent freiner considérablement la pauvreté, le réchauffement climatique et la dégradation de l’environnement, et apporter progrès, paix et justice à chacun.

« On ne se demande plus si la transition énergétique va avoir lieu, mais à quel rythme. »

Comment cela se traduit-il dans une région en forte croissance économique comme l’Asie ? Selon les analystes de l’ONU et de la Banque de développement de Singapour (DBS Bank), pour se conformer aux ODD, l’Asie devrait consacrer aux investissements verts le montant colossal de 3.000 milliards de dollars, soit 37 fois le marché mondial des obligations vertes en 2016. Les travaux d’infrastructure compteraient parmi les investissements les plus lourds (1.800 milliards). Pour compléter le tableau, l’Asie devrait non seulement investir dans les énergies renouvelables (400 milliards de dollars), et l’efficacité énergétique (400 milliards de dollars), mais aussi dans l’alimentation, l’agriculture et l’affectation des sols (400 milliards de dollars).

Transition énergétique : un équilibre sur le fil du rasoir

La demande d’énergie durable a profondément transformé le secteur énergétique. On ne se demande plus si la transition énergétique va avoir lieu, mais à quel rythme et grâce à quelle énergie (énergie solaire et éolienne, biomasse, géothermique, hydraulique). Devant autant d’incertitudes, les compagnies pétrolières éprouvent des difficultés à définir leur stratégie de transition. Elles sont en effet en équilibre précaire : s’écarter trop (et trop vite) de leur coeur de métier serait risqué, mais une approche trop conservatrice entraînerait des pertes d’argent et d’opportunités. Une diversification efficace des sources énergétiques doit donc aller de pair avec la fiabilité de l’offre. Pour ces entreprises, mieux vaut dès lors diversifier graduellement leur portefeuille que se jeter brutalement dans le grand bain des ressources renouvelables.

De plus, ce processus de transformation devrait idéalement s’effectuer avec agilité. De nos jours, il faut savoir s’adapter rapidement à un environnement technologique, économique et politique en perpétuel changement. Tergiverser n’est pas une option car le compte à rebours du changement climatique est déjà enclenché. Pour l’Agence internationale de l’Énergie, la part de l’énergie renouvelable dans la palette énergétique mondiale devrait passer de 9 % à 20 % d’ici 2035. Le géant pétrolier Total, présent dans notre portefeuille, souhaite que 20 % de ses sociétés soient à faible intensité carbone d’ici 20 ans. Il s’agit notamment de sociétés spécialistes du gaz, des énergies renouvelables, du stockage de l’énergie et de l’efficacité énergétique, des combustibles propres ou des technologies de capture, d’exploitation et d’entreposage du dioxyde de carbone.

En ce qui concerne l’énergie renouvelable, Total met particulièrement l’accent sur l’énergie solaire et la bioénergie. Les développements technologiques dans le secteur photovoltaïque se succèdent à un rythme effréné, surtout dans le domaine du stockage de l’énergie. Depuis plusieurs années, l’énergie solaire est devenue bien plus rentable, efficace et donc concurrentielle. Les bioénergies restent quant à elles la seule alternative aux carburants fossiles pour produire des carburants liquides tels que le biodiesel, le bioéthanol et les biogaz. La préservation du climat est loin d’être l’unique engagement des compagnies pétrolières dans le domaine des ODD. La protection des droits de l’homme dans des régions politiquement instables, la gestion des risques, ou encore la lutte contre la corruption figurent parmi les autres défis qui attendent ce secteur.

Umicore : une transformation radicale

Inutile de chercher bien loin pour trouver un opérateur de classe mondiale dans le domaine de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Longtemps perçu comme peu sensible aux questions climatiques et environnementales, le groupe Union Minière s’est mué en véritable fer de lance de la RSE.

Umicore recycle notamment l'or des circuits imprimés et des composants électroniques

Sa transformation a débuté dans les années 1990, lorsqu’il a tourné le dos à l’exploitation minière. Symboliquement, en 2001, « Union Minière » est rebaptisée « Umicore ». Deux ans plus tard, l’entreprise réalise une acquisition importante en Allemagne, devenant ainsi l’un des premiers producteurs mondiaux de catalyseurs pour automobiles. En 2005, le groupe scinde sa division « cuivre » (Cumerio), et regroupe ses activités « zinc » au sein de Nyrstar. Umicore se profile depuis lors en spécialiste mondial des matériaux technologiques et du recyclage. Près de 65 % de ses revenus proviennent de la mobilité propre et du recyclage :

  • leader mondial du recyclage de métaux précieux : l’unité de Hoboken récupère 17 métaux (notamment l’or et l’argent) dans des GSM, des ordinateurs portables,…
  • top 5 des producteurs de catalyseurs
  • producteur de matériaux pour cathodes destinées aux batteries rechargeables des voitures électriques
  • précurseur en R&D pour les technologies propres et les matériaux de haute technologie destinés aux batteries rechargeables, aux lentilles et aux cellules photovoltaïques

Umicore a intégré neuf ODD à son plan stratégique « Horizon 2020 », dans des domaines tels que l’éco-efficience, l’approvisionnement durable, l’offre de produits et de services durables et le bien-être au travail. Les progrès réalisés en la matière font l’objet de rapports détaillés et fréquents.

« Le groupe Union Minière s’est mué en véritable fer de lance de la RSE. »

Pourtant, l’intégration de la RSE est loin d’être un long fleuve tranquille. Rien de plus dommageable à la réputation d’une entreprise que des amendes pour infraction à la réglementation sur le respect de la vie privée, des manifestations liées à des comportements déplacés sur le lieu de travail ou des questions déplaisantes lors de l’assemblée générale. Google et sa maison-mère Alphabet, qui étaient jusqu’il y a peu les enfants chéris de Wall Street, en savent quelque chose. Petit à petit, dans de telles circonstances, les institutions financières comme Delen Private Bank engagent un dialogue avec leur management afin de mettre en place des engagements concrets et d’en assurer le suivi. Cela démontre amplement la nécessité de prendre la RSE au sérieux. Il n’y a pas de temps à perdre !

 
 
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